Pour le retour des Pré-Verger

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Le pré-verger, véritable symbiose agroforestière, fusionne arbres, herbe et animaux pour une production diversifiée.

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Dans l’ère contemporaine où l’agriculture durable et l’écologie deviennent des impératifs mondiaux, le pré-verger apparaît comme une solution ancestrale qui résonne avec les enjeux actuels. Cette pratique agroforestière, qui marie l’agriculture traditionnelle et la préservation de l’environnement, est aujourd’hui redécouverte pour ses multiples avantages écologiques et économiques. Cet article explore la structure, la gestion, et les bénéfices des pré-vergers, en soulignant comment cette méthode ancienne peut être une réponse moderne aux défis agricoles et environnementaux.

Histoire et évolution des pré-vergers

Le concept de pré-verger remonte à plusieurs siècles en Europe, où il a servi non seulement comme source de nourriture mais aussi comme un moyen de maintenir une biodiversité dans les zones agricoles. Historiquement, ces systèmes permettaient une utilisation optimale des terres, où les arbres fruitiers et l’élevage coexistaient, créant ainsi un écosystème symbiotique. Avec l’industrialisation de l’agriculture, le pré-verger avait été largement négligé au profit de méthodes plus intensives. Cependant, face aux crises écologiques et à la nécessité de méthodes durables, le pré-verger fait un retour remarquable comme modèle de résilience et d’efficacité énergétique.

Biodiversité et écosystèmes dans les pré-vergers

Les pré-vergers sont des havres de biodiversité. En intégrant des arbres fruitiers au sein de prairies, ils créent des habitats variés qui attirent et nourrissent une multitude d’espèces animales et végétales. Cette diversité biologique contribue non seulement à la santé écologique de l’environnement, mais aussi à la résilience des cultures, qui bénéficient de la présence de pollinisateurs et de prédateurs naturels des parasites. Les études montrent que les pré-vergers peuvent abriter une faune bien plus riche que les cultures monocultures, incluant des espèces d’oiseaux, de chauves-souris et d’insectes bénéfiques.

La faune caractéristique des prés-vergers se manifeste lorsque le nombre d’arbres atteint entre 60 et 100 par hectare. En revanche, en présence de moins de 50 arbres par hectare, cette même faune ne sera présente que si d’autres éléments favorables à son épanouissement, tels que des haies, des prairies naturelles ou des mares, sont également présents.

Un équilibre productif

Le pré-verger se présente comme une prairie permanente, fauchée ou pâturée, intégrant des arbres fruitiers de haute tige. Le terme « haute tige » se réfère à des troncs d’au moins 1,60 m (bien que l’administration française retienne 1,8 m). Traditionnellement peuplé de pommiers, poiriers à cidre, mirabelliers et cerisiers, le pré-verger incarne une variété de formes et d’organisations spatiales, contribuant à la richesse des paysages. Géré sans pesticides ni engrais chimiques, le pré-verger est un système hautement productif, nourri par un savoir-faire ancestral

Les avantages d'un pré-verger

A conditions pédoclimatiques équivalentes, le pré-verger se distingue par une production fourragère représentant entre 75% et 85% de celle d’une prairie sans arbres, mais il faut ajouter à cela la production du verger, ainsi que les éventuelles co-produits agricoles tels que le miel et le bois.

Le pré-verger se distingue par son caractère économe en énergie, limitant les interventions mécaniques aux périodes de récolte et de fauchage, et excluant l’irrigation ainsi que les intrants chimiques.

La présence d’animaux dans le système contribue à éliminer les petits fruits malades prématurément tombés, réduisant ainsi la pression des ravageurs. Les auxiliaires naturels, tels que les oiseaux insectivores et les chauves-souris, complètent efficacement la protection biologique. L’absence de fertilisation minérale influence la composition de la sève des arbres fruitiers, réduisant la pression des pucerons dans le pré-verger. Les déjections animales contribuent à un apport organique naturel, renforçant la fertilité du sol.

De plus, la profondeur des racines des arbres fruitiers de haute tige confère au pré-verger une résistance notable aux périodes sèches, éliminant ainsi le besoin d’irrigation.

Exemples pratiques

Les pré-vergers, avec leur gestion intégrée de l’agriculture et de la biodiversité, offrent non seulement un soutien environnemental mais aussi des avantages économiques significatifs. Deux exemples concrets, l’un en Normandie et l’autre en Suisse, illustrent parfaitement comment ces systèmes peuvent être mis en œuvre de manière efficace.

En Normandie, l’exemple d’un propriétaire de verger de pommiers à cidre qui s’étend sur 60 ares avec une densité de 100 arbres à l’hectare, disposés à une distance de 10 mètres les uns des autres. Cette disposition permet de limiter l’usage de matériel agricole en raison de la ramure étendue des arbres. Après la récolte des pommes à la mi-novembre, des brebis sont introduites pour pâturer cette prairie naturelle pendant un mois. Cette pratique non seulement valorise le verger mais contribue également à sa qualification comme système agroforestier, intégrant ainsi agriculture et gestion forestière de manière durable. Pour en savoir plus, c’est par ici !

De l’autre côté, en Suisse, l’élevage d’oies en plein air gagne en popularité, notamment grâce à l’initiative de l’association Oie de pâturage. Dans ce contexte, les oies, ainsi que d’autres volailles comme les canards et les dindes, sont élevées de manière extensive, bénéficiant de l’espace entre les arbres fruitiers pour se nourrir et se déplacer librement. Cette méthode d’élevage, qui peut être pratiquée tant en agriculture biologique qu’en conventionnelle, n’est pas seulement une niche commerciale mais aussi une façon de promouvoir la biodiversité et d’améliorer la qualité des produits avicoles. Plus d’infos ici !

Ces deux études de cas mettent en lumière la polyvalence des pré-vergers en tant que systèmes productifs qui allient rendement agricole, conservation de la biodiversité et durabilité. Elles soulignent l’importance de la diversification des pratiques agricoles pour répondre à la fois aux défis écologiques et aux exigences du marché.

D’autres informations sont également consultable sur le site Produire-bio !

En préservant une mixité entre les systèmes de production, le pré-verger incarne une approche holistique qui allie rendement agricole, durabilité environnementale et diversité des productions.

Le pré-verger, avec son approche intégrée et respectueuse de la nature, offre une alternative viable et durable à l’agriculture intensive. En valorisant la biodiversité, en économisant l’énergie et en augmentant la productivité agricole, les pré-vergers peuvent jouer un rôle crucial dans la transition vers une agriculture plus durable et écologiquement responsable. À mesure que le monde reconnaît l’importance de pratiques durables, le pré-verger se présente non seulement comme une méthode du passé, mais surtout comme une stratégie d’avenir pour une planète plus verte et un avenir plus sain.

 
 

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